Christophe n’a pu se rendre à son travail durant un mois. Il a porté plainte dès le lendemain de son agression, avec une attestation du médecin légiste certifiant que les blessures correspondent à ses déclarations.

Christophe connaît de vue son agresseur, qu'il croise fréquemment dans le quartier gare. Il le recroise deux jours après l'agression et cette fois-ci son agresseur le menace devant témoin : « T'as de la chance que j'étais bourré sinon ça n'aurait pas été que deux baffes. La prochaine fois, je t'enverrais en long séjour ».

Sur le procès verbal de dépôt de plainte est stipulé : « mode opératoire : agression homophobe ».

Suite à la plainte déposée par Christophe, la police a organisé une confrontation entre lui et son agresseur. L'agresseur a nié les faits et a prétendu avoir « mis deux baffes » à Christophe pour se défendre en réponse à des insultes racistes que ce dernier aurait proférées. Selon son agresseur « si Christophe a eu les os fracturés, c'est qu'il s'est fait cassé la figure par quelqu'un d'autre » ...

Le CLGBTI Strasbourg Alsace rappelle que Christophe est travailleur social engagé dans la lutte contre le SIDA et les hépatites chez les usagers de drogues, président des « Oubliés de l'Histoire », association du souvenir de la déportation des Tziganes, des homosexuels et des usagers de la psychiatrie et membre fondateur de « Action Logement » collectif de lutte pour le droit au logement. Par ses activités, il côtoie des personnes de toutes origines, de toutes cultures et confrontées à tous type de discriminations.

Christophe s’est toujours opposé à toutes manifestations racistes ou xénophobes.

Néanmoins, la police a considéré à ce moment-là que l'agresseur de Christophe  semblait être « de bonne foi ». Refusant de minimiser l’affaire, Christophe a confié son dossier à un avocat.

Le Procureur de la République de Strasbourg n’a pas retenu le caractère homophobe de l’agression et n'a pas saisi le tribunal correctionnel. Il a renvoyé l'affaire devant le tribunal de police enlevant ainsi tout caractère homophobe et donc délictuel à l’agression.

Nous rappelons que l’article 132-77 du Code Pénal stipule que : « Dans les cas prévus par la loi, les peines encourues pour un crime ou un délit sont aggravées lorsque l'infraction est commise à raison de l'orientation sexuelle de la victime.
La circonstance aggravante définie au premier alinéa est constituée lorsque l'infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, utilisation d'images ou d'objets ou actes de toute nature portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur orientation sexuelle vraie ou supposée. »

Lors de l’audience du 17 septembre 2009, le tribunal de police de Strasbourg s’est déclaré incompétent dans ce dossier et a renvoyé l’affaire devant le tribunal correctionnel, reconnaissant ainsi le caractère homophobe de l’agression. C’est la première fois qu’un tribunal strasbourgeois reconnait un cas d’homophobie.

Nous ne pouvons que nous réjouir de la décision du tribunal de police.

Chaque année en France se multiplient les agressions à l'encontre de personnes LGBTI (Lesbiennes, Gaies, Bies, Trans' et Intersexes), entraînant souvent la mort ou de graves conséquences, mais il est toujours aussi difficile de faire reconnaître le caractère homophobe et de faire appliquer la loi. Nous avons un précédent à Strasbourg, où il y a quelques années deux lesbiennes ont été très violemment agressées par six hommes, en plein jour, devant des centaines de témoins, la scène ayant été filmée par une caméra de surveillance, les insultes « sales putes, sales gouines » indiquant très clairement le caractère lesbophobe de l'agression; pourtant, le tribunal n'a pas reconnu l'homophobie.

Procès le 12 mai 2010 :

Le CLBGTI Strasbourg Alsace soutiendra Christophe lors de ce procès et appelle les organisations et personnes solidaires des Lesbiennes, Gais, Bi-e-s, Trans' et Intersexes à être également présentes à l'audience qui aura lieu au Tribunal correctionnel de Strasbourg (quai Finkmatt) le mercredi 12 mai 2010 à 08h30.

Ce procès revêt un caractère important pour la communauté LGBTI et la décision du tribunal encouragera peut-être les victimes à briser la loi du silence.

NE RESTONS PAS DE MARBRE FACE A CES FAITS ET EXIGEONS QUE LA LOI INCRIMINANT LES AGRESSIONS HOMOPHOBES SOIT RESPECTÉE.